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L’éruption (les signes)

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Saint-Pierre, en arrière-plan la Montagne Pelée.

En l’an 1502, Christophe Colomb découvrit une île dans la mer des Caraïbes, la Martinique. En peu de temps, elle fut explorée puis colonisée, des villages et des villes s’y élevèrent. Au Nord de l’île se dressait une montagne de 1 400 mètres, aux pentes arides. Les habitants la nommaient  » Montagne Pelée  » (ou Mont-Pelée) sans prêter attention au fait que c’était un volcan. Il était éteint depuis si longtemps ! A ses pieds, la petite ville de Saint-Pierre,26011 habitants, était paisible. Personne ne songeait au géant endormi. Soudain, en 1902, 400 ans après la découverte de Christophe Colomb, il se réveilla…

Dès 1900 les premiers signes apparurent quand une ouverture de fumerolles fut signalée.

Au début de l’année 1902, les habitations situées sur les pentes Ouest de la Montagne Pelée, puis le village du Précheur et ses environs, sur la côte, au nord de la ville de Saint-Pierre furent touchés par les émissions fumerolliennes.

Des fortes émanations sulfureuses de plus en plus en février-mars 1902.

Toute la zone Nord de l’île, qui se trouve sous les alizés, est incommodée par les odeurs d’œufs pourris.
 » Je ne sais pas ce que nous allons devenir, nous sommes empestés par une odeur de souffre depuis quelques temps. La vie est insupportable chez nous. » (Récit du Frère Fulbert, le 13 mai 1902, dans Cœur Créole).

Le 22 avril : L’accroissement de l’activité fumerollienne de la montagne Pelée s’accompagne d’explosions phréatiques. Il y eut des secousses sismiques et les premières ruptures de câbles télégraphiques sous-marins. Elles se poursuivront ainsi jusqu’au 6 mai.

Le 24 avril : Les premières colonnes de cendres son aperçues au-dessus du cratère. Un article paru dans le journal Les Antilles décrit une importante éruption :  » C’est jeudi soir (24 avril), disons-nous que quelques promeneurs… remarquaient dans une éclaircie nuageuse, les masses de vapeur d’un blanc noir qui surgissaient du flanc de la montagne, vapeurs qui n’avaient pu être remarqueés jusqu’alors en raison des masses nuageuses qui depuis quelques temps assombrissaient notre ciel. En réalité, il se peut donc que l’éruption ait commencé depuis déjà plusieurs jours en raison de la situation du nouveau cratère dans les parties nuageuses du volcan. D’après les documents qui nous arrivent du Précheur, nous serions portés à placer la date exacte du commencement de l’éruption à mercredi dernier, 23 courant à 9h moins 1/4 du soir, en coïncidence avec une détonation souterraine qui fut nettement entendue dans cette localité. « 

Le 25 avril : Saint-Pierre se trouve à son tour incommodée par les émanations du volcan : «  Pendant quatre jours (du 25 au 29 avril, il (le volcan) a fumé avec une telle violence qu’on était incommodé à Saint-Pierre par une odeur désagréable de souffre brûlé  » (lettre de E.V. du 2 mai 1902 au R.P. Kieffer). Le Précheur est recouvert d’une couche de cendre celle ci :  » Etait si abondante qu’à deux mètres de distance personne ne pouvait se reconnaître. »

Le 27 avril : Des excursionnistes constatent sur la Montagne, que L’Etang-Sec, asséché depuis 1852, s’est de nouveau rempli. Ce même jour eut lieu le premier tour des élections législatives a Saint-pierre.

Les 28,29 et 30 avril :Il y eut des secousses sismiques et des crues de la Rivière Blanche. Au soir, des cendres retombent sur la ville :  » La cendre se mit à tomber, légère d’abord, puis si forte qu’on l’entendait s’abattre. En même temps, la température s’éleva d’une façon sensible. »

Le 1 mai : Constat d’assèchement de la Rivière Blanche.

Le 2 et 3 mai : Eclairs sur le cratère et cendres sur Saint-Pierre, la nuit du 2 au 3 mai, les chutes de cendres augmentent :  » À minuit, un violent coup de tonnerre me réveilla…Le volcan était en feu, le ciel incandescent au-dessus de lui. Pendant plus d’une heure, le gouffre a vomi des torrents de vapeurs enflammés accompagnés d’éclairs de toutes les couleurs et de toute intensité avec un fracas épouvantable de détonations et de mugissements ». (Lettre du 3 mai d’un habitant de Saint-Pierre).
Les détonations et les éclairs correspondent aux décharges électriques qui résultent du frottement des cendres les unes contre les autres. Le 3 on constatait également l’assèchement des cours d’eau du Précheur.

Le 4 mai : Pluie de cendres sur Macouba. C’est le 4 mai que la première nouvelle d’un mouvement volcanique dans les Petites Antilles a été câblée en Europe. De Saint-Thomas on télégraphiait à Londres que des secousses de tremblement de terre étaient ressenties à Saint-Vincent, où la Soufrière se couronnait de fumée et faisait entendre des grondements sourds. De Fort-de-France, M. Mouttet le gouverneur de la Martinique avisait le ministre des colonies que le volcan de la Montagne Pelée, qu’on croyait éteint depuis un demi-siècle, avait eu un commencement d’éruption dans la nuit du 3 au 4 mai et que de grandes quantités de cendres avaient été projetées dans la campagne environnante d’où les habitants s’étaient enfuis.

Le 5 mai : Première coulée de boue dans la Rivière Blanche: 23 victimes, son arrivée brutale dans la mer engendre, un petit raz de marée :  » Ce n’est plus de l’eau : c’est une boue épaisse, pâteuse, noire, qui ne coule pas, mais glisse emportant comme des fétus des roches gigantesques.  » Le sommet de la montagne Pelée était constitué auparavant d’un Etang-Sec (caldeira) de 700 à 1 000 m de diamètre. Vers la mi-avril elle se remplit d’eau, par la suite une partie se déversa dans la Rivière Blanche. La coulée de boue du 5 mai résulte du déversement du lac dans la vallée. On apprenait ce jour là que L’usine Guérin, situées A 3 k. l/2 de Saint-Pierre, avait été détruite, que cent cinquante personnes avaient disparu.

 » Le 5 mai, à midi, une coulée de laves brûlantes, tombant d’une hauteur de 4.400 pieds le long du lit desséché d’un torrent, franchissait en trois minutes l’espace de cinq milles qui sépare la montagne du rivage, balayant sur son passage plantations, édifices, factoreries et tout être vivant, sur une étendue d’un demi mille. Une grande cheminée d’usine émergeant de la coulée../../binves. C’etait tout ce qu’on pouvait voir de l’importante sucrerie Guérin, engloutissant sous le flot les 10 personnes qui s’y trouvaient et parmi elles le fils Guérin. La mer, cédant sous la poussée formidable de la coulée de laves, avait reculé de 300 pieds sur la cote Ouest, puis, revenant en une immense vague avec une force irrésistible, elle s’abattit comme une trombe sur le rivage, sans toutefois causer trop de dégâts. « 

Le 6 mai : L’aspect des éruptions change : Le nuage de cendres devient plus épais, plus noir et il s’élève moins haut il y a aussi une nouvelle coulée de boues sur la rivière des Pères. Le soir du 6 au 7 mai, toutes les rivières débordèrent.
Ce jour-là, le gouverneur de la Martinique M. Mouttet télégraphiait qu’un torrent de boue brûlante suivait la vallée de la rivière Blanche, qui débouche à quelques kilomètres au nord de la ville de Saint-Pierre. Il effectua également une visite du site en compagnie d’une commission scientifique composée du lieutenant colonel Gerbault *h, du pharmacien Monnerville, du sous-ingénieur des Ponts et Chaussées Léonce et des professeurs du lycée Schœlcher Doze et Landes *h. Il faut savoir, cela dit, qu’après le ballottage du premier tour des élections législatives du 27 avril, le 11 mai les pierrotins sont invités à retourner aux urnes . Malheureusement les différents signes d’activité du volcan pourraient bien inquiéter la population et provoquer une désertion de la ville avant l’élection.

Le 7 mai : Au matin, de petites nuées ardentes sont déjà observées ainsi que des torrents boueux sur le versant atlantique et sur le Précheur. Le phénomène s’étendait au sud et entrait en activité à Saint-Vincent, sans toucher à Sainte-Lucie, située entre les deux foyers volcaniques. La soufrière de Saint-Vincent engendrait une éruption terrible qui a causé la mort d’un certain nombre d’habitants et qui paraît avoir exercé de grands dégâts. Mais quelque épouvantable que fût ce phénomène, il est insignifiant en comparaison de celui qui ravageait le lendemain la Martinique.

Suite au résultat de la précédente visite le soir même, le gouverneur de l’île fait publier, une note rassurante:  » [...] Tous les phénomènes qui se sont produits jusqu’à ce jour n’ont rien d’anormal et [...] sont au contraire identiques aux phénomènes observés avec tous les autres volcans.  » Concluant qu’il n’y a pas de danger pour la population. Aucune décision n’est prise, sinon celle d’éviter une panique. Le sentiment qui prédomine chez les habitants de Saint-Pierre, c’est qu’ils sont à l’abri loin du volcan (6 à 7 km). Le morne Lénard, semble une protection suffisante. De plus le trajet suivi par la coulée de boue du 5 mai et la note du gouverneur conforte les Pierrotins dans cette idée.

Le 8 mai :Depuis une vingtaine d’années, Saint-Pierre s’était lancée dans une lutte anticléricale et se faisait déjà un jeu de parodier, au cours du prochain Carnaval, les rituels religieux. La rumeur populaire colporta alors qu’ayant reçu des pierres au moment de son départ, l’évêque aurait dit :  » Elles vous retomberont toutes chaudes sur la tête.  » Entre-temps, une vendeuse de cacahuètes, un peu dérangée et ennemie des impies, s’était illustrée par son cri :

 » Châtiment, châtiment ! « . Autant de signes qui seront interprétés, après la catastrophe.

L'éruption (les signes) dans Histoire de Madinina daclimb

Source : http://perso.orange.fr/dmo/martinique/montpelee/


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