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Matnik an tan lontan

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 An tan lontan : autour des années 1920-1950 

La Terre tourne, le monde change, évolue, « s’ultra-modernise » et personne ne peut empêcher cela. Le regard tourné vers l’avenir, on ne vit presque plus le présent, on regarde de moins en moins vers le passé.
De ce fait, les choses se perdent et sombrent dans l’oubli.  

La mémoire collective s’estompe peu à peu et les nouvelles générations ne savent presque plus rien des pratiques et des savoir-faire des anciens. Pourtant, il est bon de ne pas oublier les époques qu’ont vécues nos parents, nos grands-parents. Car le passé explique et donne souvent un sens au présent. C’est une tâche bien difficile que de dresser une liste des coutumes, des traditions et des « façons de faire » qui ont existé et dont certaines subsistent encore en Guadeloupe et en Martinique. 

An tan Robè – An tan Sorin 

Durant la seconde guerre mondiale, la Guadeloupe (an tan Sorin) et la Martinique (an tan Robè) connurent, elles aussi, des temps très difficiles.
C’était le temps de la restriction comme en Métropole. Avec le blocus continental, aucune denrée alimentaire n’arrivait de France.
Il fallait se débrouiller avec les moyens locaux ce qui développa l’ingéniosité des Antillais.

La préoccupation majeure était de remplir les ventres affamés. On mangea beaucoup de racines (ignames, patates douces, dachines/madères, choux/malangas), de ti-figues/ti-nains, de poyos, de bananes plantain, de riz, de légumineuses (lentilles, pois boukoussou, pois savon/chousse …), de fruits à pain. Comme chair, il y avait la morue salée. La viande et le poisson étaient rares, réservés aux plus aisés.

Chacun possédait un petit jardin où était cultivé de quoi améliorer les repas : giromons, gombos, épinards, piments, oignons-pays, ti-concombres, tomates, laitues …

Il n’y avait pas beaucoup d’huile qui était, comme beaucoup de denrées, rationnée. On en fabriquait donc avec la noix de coco sèche. Pour cela, on râpait la chair de la noix sèche, on en extrayait le lait auquel on additionnait un peu d’eau et on laissait reposer. On recueillait la matière grasse remontée à la surface et on la faisait bouillir avec un peu de sel jusqu’à évaporation de toute l’eau. Un dépôt se formait au fond de la poêle tandis que l’huile de coco remontait à la surface.

Parfois, lorsque l’on n’avait pas le temps de confectionner de l’huile de coco, on arrosait le manger directement avec du lait de coco ce qui relevait excellemment les aliments.

Les allumettes étaient rares, donc précieuses. Afin de les économiser, on ne laissait pas mourir son feu de bois ou de charbon. On l’entretenait précieusement, jour et nuit. Si malencontreusement il s’éteignait, avant de penser à craquer une allumette, on se dépannait chez une voisine (dont le feu était allumé puisqu’on en voyait la fumée) en lui empruntant quelques tisons. On transportait les braises dans une écale de noix de coco sèche ou un vieux morceau de poterie.

Pour avoir du sel, on faisait bouillir l’eau de mer jusqu’à évaporation. 10 litres d’eau donnaient environ 150 g de sel. Ce sel n’était pas de très bonne qualité et il donnait un léger goût amer aux aliments.

La farine-France (farine de froment venant de la mère patrie) était extrêmement rare et elle était remplacée par la farine de manioc faite avec le tubercule qui porte le même nom. On faisait également de la farine avec le fruit à pain.

Les gens qui vivaient au bourg ou qui vivaient au bord de la mer échangeaient des produits avec ceux qui avaient des jardins : du poisson et/ou de la morue contre des légumes, du lait ou encore du savon.
C’était la grande période du troc.

Comme en Métropole, le marché noir s’était développé avec une flambée des prix.

Pour bénéficier de certaines choses, il fallait aller voir Monsieur le maire pour obtenir un bon. Par exemple, il fallait un bon pour obtenir du tissu (pour les vêtements de la rentrée des classes ou pour un pyjama pour une personne à hospitaliser).

On se fabriquait des chaussures avec la paille des cocotiers ou le caoutchouc de vieux pneus.

Avec certaines plantes, on fabriquait du savon pour laver le linge à la rivière. Avec le manioc, on faisait de l’amidon pour le linge : la moussache.

A l’école, les plumes en acier avaient été remplacées par des plumes de coq, de poule ou de canard, taillées en biseau. On fabriquait de l’encre avec le coeur du bois de campêche que l’on faisait bouillir ; on recueillait l’eau devenue violette. Les cahiers étant rares, on récupérait soigneusement le papier des sacs de ciment pour en faire pour les écoliers : les feuilles propres étaient découpées et cousues ensemble par le milieu. Pour apprendre à compter, on utilisait des souches de feuilles de cocotier coupées en petits morceaux. Chaque enfant devait avoir ses bûchettes, attachées par dizaine pour la leçon d’arithmétique dans son sac en toile.

On tressait la paille de canne pour en faire des chapeaux ou encore des tapis. Du karata, on tirait des lanières, de la ficelle ou du fil pour la couture. On récupérait le fil des sacs de farine pour tricoter, à l’aide de souches de coco en guise d’aiguille, des ceintures. La toile de ces mêmes sacs était utilisée pour confectionner des vêtements, des draps …

On fabriquait des timbales avec des boîtes de conserve sur lesquelles on soudait une anse. Une petite calebasse coupée en deux donnait deux kouï qui servaient d’assiette. Les grandes calebasses donnaient des grands kouï et on s’en servait pour tout. Il y avait un kouï pour chaque chose : un pour faire mariner le poisson, un pour la vaisselle, un pour l’amidon, etc.

Le soir, on s’éclairait de lampions fabriqués à partir de boîtes de conserve. Ces lampions dégageaient beaucoup de « noire fumée » qui salissait tout.

La Famille
(au sens large du terme) 

Ne se limitant pas au père, à la mère et aux enfants, elle englobait largement les parents proches, à savoir les grands-parents, les tantes, les oncles, les neveux et nièces qui en général, n’habitaient pas bien loin. En effet, les gens étant plutôt sédentaires, ils naissaient, vivaient, se mariaient, avaient des enfants et mouraient dans la même commune, le même quartier ou lieu-dit. Les familles n’étaient pas éparpillées comme elles le sont aujourd’hui.

La famille formait un ensemble où femmes et enfants travaillaient, tout comme les hommes, pour le bien commun.

L’éducation des enfants

Les enfants, en général nombreux dans les familles en raison de l’absence de moyens contraceptifs, étaient élevés strictement, avec sévérité et parfois même dans la crainte des adultes. C’était une éducation plutôt répressive laissant peu de place aux dialogues, aux échanges entre parents et enfants.

Trop occupés à subvenir aux besoins primaires de la famille en raison d’une situation économique difficile, les parents n’avaient pas le temps de s’occuper de l’épanouissement et du bien-être des nombreux enfants. Souvent, les plus petits étaient pris en charge par les aînés et il n’était pas rare qu’un enfant soit confié à une tante, ou à une grand-mère, ou encore à sa marraine qui se substituait alors aux parents pour son éducation.

Les enfants devaient « honneur et respect«  envers les adultes dits « les grandes personnes« .

Première règle à observer : dire bonjour à toute grande personne (même si les parents étaient en désaccord avec cette personne).

Ensuite, les enfants devaient obéir, rendre service, participer aux différents travaux dans la maison (voir page Le quotidien des enfants), être polis (pour ne pas faire honte aux parents en société), se plier aux règles établies par les adultes.

Enfin, les enfants devaient respecter les adultes en ne les contredisant pas, en ne prenant pas inopinément la parole. Le faire était jugé très impoli et entraînait des réprimandes.

Les enfants étaient corrigés (verbalement et/ou physiquement) par leurs parents, mais aussi par les autres grandes personnes vivant dans leur entourage. En effet, il n’était pas mal vu qu’un adulte, surprenant un enfant en train de commettre une bêtise, le corrige immédiatement et rapporte le fait à ses parents (qui souvent punissaient à nouveau).

Les instituteurs et institutrices avaient carte blanche pour réprimander (et même battre les enfants) souvent à la demande des parents qui leur faisaient totalement confiance.

L’éducation des enfants était l’affaire de tous les adultes.

Voici quelques exemples de punitions :

« Lorsqu’un enfant commettait un acte désapprouvé par les parents, ces derniers le punissaient en lui administrant une volée de coups (à l’aide d’une ceinture de cuir, d’une baguette, ou tout autre objet capable de faire mal) 

 Et, si le cas était grave · on le mettait à genoux (parfois sur une râpe) au milieu de la pièce pendant quelques instants et l’enfant ne pouvait se relever qu’en ayant demandé pardon ; · on le laissait debout, de longues minutes, les bras écartés avec, dans chaque main, un gros caillou ou un gros livre. Et pour les plus naïfs · Pour leur faire avouer la vérité, on les menaçait de leur faire boire de l’eau bénite.  · Pour garder les enfants dans le droit chemin (ceux qui avaient fait leur profession de foi et reçu un scapulaire), les parents leur faisaient croire que le scapulaire les étranglerait s’ils commettaient des mauvaises actions » 

La grande majorité des enfants allaient à l’école jusqu’au certificat d’études primaires, faute de moyens. Bien vite, ils se retrouvaient dans la vie active pour aider leurs parents et gagner leur vie.

Certains parents, conscients de l’importance des études et pour de ne pas voir leurs enfants trimer comme ils l’avaient fait toute leur vie, se sacrifiaient pour leur permettre d’aller au-delà du certificat. Les élèves les plus brillants se voyaient attribuer une bourse, ô combien désirée et nécessaire ! (à lire : Rues Cases-Nègres de Joseph Zobel) 

Les catastrophes naturelles
(cyclones, tremblements de terre) 

Les cyclones :

Les cyclones étaient vécus simplement : il n’y avait pas la pression et les diverses informations des médias comme c’est le cas aujourd’hui.

Nos aînés pressentaient l’arrivée des ouragans en observant la nature :
- les crabes qui sortaient de la mangrove,
- le cri de certains oiseaux (le pipirit par exemple),
- les moisissures (pichons) sur les orangers,
- l’immobilité des feuilles des arbres (il n’y avait pas un souffle de vent quelques heures avant l’arrivée de l’ouragan),
- la chaleur étouffante,
- l’abondance des fruits et des légumes durant les mois précédents,
étaient autant de signes qui laissaient présager l’arrivée du mauvais temps.

Le cyclone, comme la plupart des phénomènes de la nature, était considéré comme surnaturel et inspirait la peur. Pour certains, c’était une manifestation divine, signe que Dieu était mécontentement ou en colère.

Après le passage du cyclone, une chaîne de solidarité se constituait spontanément pour reconstruire ce qui avait été détruit.

Les tremblements de terre :

Les tremblements de terre inspiraient plus de peur que les cyclones car totalement imprévisibles et ils avaient donc un caractère encore plus surnaturel : « Cé Bon Dié ki ka fessé pié-ï a tè »
(C’est Dieu qui tape du pied par terre).

Un grondement sourd qui se rapproche, des animaux qui s’agitent, des oiseaux qui s’envolent précédaient de quelques secondes la secousse sismique.

Aussitôt, les gens abandonnaient toute activité pour se jeter à genoux et prier, implorer ardemment le Bon Dieu afin que le tremblement de terre s’arrête :
« Bon Dié, préservez-nous ! Jésus, Marie, Joseph ! Jésus, Marie, Joseph ! ». 

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